BESTA BERRI - FÊTE DIEU

BESTA BERRI - FÊTE DIEU

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Fête catholique, pratique sociale ou événement festif ?
Beaucoup s'interrogent : Besta Berri est-elle avant tout une fête religieuse, une tradition sociale ou un moment de réjouissance populaire ? Et si elle était tout cela à la fois ?
Pour mieux comprendre ce que représente réellement Besta Berri, je me suis rendue à Hélette et à Orsanco. J'y ai découvert bien plus qu'une tradition : une ferveur collective, une mobilisation de tout un village où chacun trouve naturellement sa place pour faire vivre cette célébration.
Besta Berri, qui signifie littéralement « Fête nouvelle » en basque, désigne la Fête-Dieu. Cette fête catholique célèbre le Saint-Sacrement lors des deux dimanches de juin qui suivent la Pentecôte. Instituée en 1264 par le pape Urbain IV, elle est étendue à toute l'Église en 1314 par le pape Clément V. Au Pays basque, elle est célébrée depuis le début du XIVᵉ siècle.
Mais Besta Berri ne se résume ni à un défilé en costumes, ni à une cavalcade, ni à une pastorale. Elle est avant tout la procession du Saint-Sacrement, une manifestation de foi profondément enracinée dans la culture basque.
La préparation commence plusieurs jours avant la messe ou les vêpres. Les bénévoles s'activent dans l'ombre : les costumes sont sortis des armoires, réparés si besoin, les grelots recousus, les accessoires précieusement conservés par les anciens sont prêtés avec fierté aux nouvelles générations. Chacun apporte sa contribution. Pendant ce temps, le reposoir destiné à accueillir le Saint-Sacrement est installé, généralement sur le fronton du village. Peu à peu, il se pare de draperies, de fleurs et de décorations multicolores.
Puis vient le moment tant attendu. Le cortège se forme. Les enfants, vêtus de leurs costumes traditionnels, attirent immédiatement les regards. Filles et garçons, hommes et femmes, chacun occupe une place précise dans cette célébration où toute la communauté participe.
Selon les coutumes du village, le défilé va chercher le prêtre au presbytère ou le maire à la mairie avant de rejoindre l'église, précédé ou accompagné par la banda qui imprime son rythme à la procession.
À l'entrée dans l'église, une scène surprend souvent le visiteur. Dans les édifices dotés de tribunes, les bancs de la nef paraissent presque vides. Puis, peu à peu, les fidèles prennent place dans les tribunes, qui offrent le meilleur point de vue sur la cérémonie. Les plus jeunes s'installent aux premiers rangs.
Au loin résonne la banda. Derrière la croix processionnelle, le cortège pénètre dans l'église. Les participants avancent selon une cadence immuable : six pas en avant, quatre pas en arrière. Un mouvement lent, précis et solennel qui rythme leur progression jusqu'à leur emplacement. À chacun de leurs déplacements tintent les grelots minutieusement cousus sur les costumes, donnant à ce cérémonial une dimension sonore unique.
Si le prêtre ne fait pas partie du cortège, le capitaine va le chercher à la sacristie pour lui annoncer que la célébration peut commencer.
La messe débute dans le plus grand recueillement. Au moment de la consécration, lorsque le prêtre élève l'hostie et le calice, les soldats mettent un genou à terre devant le Saint-Sacrement en signe de respect.
BESTA BERRI - FÊTE DIEU
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Après la communion, la procession reprend. Selon les villages, les fidèles rejoignent directement le fronton ou suivent le cortège qui escorte le prêtre marchant sous le dais. Celui-ci porte l'ostensoir contenant l'hostie consacrée, présence réelle du Christ pour les catholiques.
Au son de la banda, le cortège avance à nouveau selon le même pas cadencé. Tout au long du parcours, les maisons témoignent elles aussi de la fête : fenêtres et balcons sont décorés de draps, de bouquets de fleurs et de bougies.
Avant que le prêtre ne quitte le dais, les plus jeunes enfants jettent des pétales de rose devant le Saint-Sacrement. Ce geste, hérité de la tradition de la Fête-Dieu, est une marque d'honneur rendue au Christ dans l'Eucharistie. Les pétales fleurissent symboliquement son chemin avant que l'ostensoir ne soit déposé sur le reposoir, décoré avec soin par les habitants.
Dans un même mouvement, le cortège met un genou à terre devant le Saint-Sacrement. Un temps de silence et de prière s'installe avant que la procession ne regagne l'église pour conclure la célébration.
On pourrait croire la fête terminée. Pourtant, ce n'est pas encore le cas.
Une dernière fois, le cortège ressort de l'église en cadence et rejoint le fronton. Au rythme de la banda, les participants effectuent plusieurs tours, jusqu'à ce que le porte-drapeau gagne le centre du fronton, marquant la fin officielle de Besta Berri.
Alors seulement vient le temps des retrouvailles. Les conversations se prolongent autour d'une table, parfois jusque tard dans la soirée. Au-delà de la cérémonie religieuse, Besta Berri est aussi un moment de transmission, de convivialité et de partage.
Au terme de cette journée, la réponse à la question posée au début s'impose presque naturellement.
Oui, j’ose dire que Besta Berri est une fête catholique. Mais elle est aussi une pratique sociale qui unit les générations, où chacun trouve sa place, quelles que soient ses convictions religieuses. Elle est enfin un événement festif qui rassemble tout un village autour d'un patrimoine commun.
Et finalement, n'est-ce pas là l'une des vocations premières de l'Église : rassembler ?
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